mercredi, 08 novembre 2006
Du ciné pour changer
Pour faire plaisir à la promeneuse de la route du cinéma qui s’est écartée de son chemin pour quelques jours…
The Queen est un film anglais. Rien que ça, je suis preneuse. Stephen Frears. Un atout de plus. (Mon préféré, celui qui me l’a fait découvrir, My Beautiful Launderette). Mais avec The Queen on touche à la perfection. Cela doit sans doute être dû au protocole rigoureux…
Frears s’en moque, mais l’explique, et ne le ridiculise pas. Tout l’humour anglais est là. Clairvoyant et insolent, mais pas vindicatif. Beaucoup d’anglais sont choqués de ce que coûte la Famille Royale , mais la révolution n’est pas pour demain. Tout est filmé du point de vue d’Elizabeth II, personnage auquel je pensais ne jamais pouvoir m’identifier. Mais je me suis retrouvée au cœur du duo/duel entre elle et Blair, et à la fin du film, j’ai dû m’admettre qu’Elle m’était plus sympathique que Lui.
Rassurez-vous je ne suis pas devenue royaliste, ni une fan d’Elizabeth II pour autant. J’ai ri souvent. Et je n’ai pas été émue par ses larmes d’auto-compassion quand elle voit ce cerf traqué dans la campagne majestueuse écossaise. Ni quand elle contemple le cadavre de ce cerf qui lui évoque sa propre chute, ou plutôt celle de la royauté. Je n’ai pas non plus cédé à l’émotion de la foule pleurant sa princesse, pauvre petite fille riche mal-aimée… Ce qui m’a touchée c’est l’impossibilité d’exprimer le moindre sentiment humain d’une mère envers son fils et le désarroi de Charles, son incapacité à prendre la moindre initiative. Ce qui m’a révoltée c’est de voir une femme voler à ses enfants et ses petits-enfants le droit de vivre leurs émotions, comme on le lui a certainement volé dans sa jeunesse, en lui faisant par exemple épouser Philip, personnage bête, « shallow » dans le texte, égoïste, et la liste d’adjectifs serait longue…
Le film est didactique aussi et nous apprend beaucoup de choses sur le protocole, nous fait découvrir des lieux où nous ne sommes pas près d’aller, et nous fait comprendre l’utilité de cette monarchie constitutionnelle pour l’unité et l’avancée du pays, quoi que nous en pensions de l’autre côté de la Manche. Il y aura des réformes fiscales, il y en a déjà eu, mais ils garderont leurs souverains.
Et Frears se délecte à faire annoncer à Blair par la reine, sa chute de popularité actuelle. Un petit règlement de compte politique délicieux. Je me demande encore d’ailleurs si il nous a montré une Chérie Blair sympathique, parce que comme nous, ou ridicule, parce qu’arrogante.
Un petit mot sur les acteurs pour finir. Frears n’a eu qu’à se servir pour la reine et Blair puisque les deux acteurs avaient déjà joué ces rôles pour la BBC , mais cela n’enlève rien à leur performance. Ils sont parfaits et crédibles. Le Prince Charles aussi, mais lui, est loin d’être un sosie. Le casting des oreilles a dû être un casse-tête !
09:46 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (23)



























